Gouvernance IAPilotage & shadow AI

    Les assistants IA gratuits s'entraînent sur vos conversations : 14 sur 15 le disent

    Zaheda Taky

    Fondatrice de Klaveta

    Mis à jour le

    Relevé de 162 documents contractuels chez 25 éditeurs de modèles de langage. Sur l'offre gratuite, tous entraînent. Sur l'offre entreprise, aucun. Et un seul héberge en Europe.


    Quatorze des quinze assistants IA accessibles gratuitement déclarent, dans leurs propres conditions, utiliser ce qu'on y écrit pour entraîner leurs modèles. Le quinzième a deux documents qui se contredisent. Aucun ne s'engage à ne pas le faire. C'est le résultat d'un relevé mené sur 25 éditeurs de modèles de langage, à partir de leurs textes contractuels, en septembre et octobre 2026.

    Ce qui a été lu, et comment

    Cent soixante-deux documents de première main : conditions d'utilisation, politiques de confidentialité, accords de sous-traitance, pages de centre de confiance. Aucun article de presse, aucun comparateur. Quatre-vingt-dix de ces documents sont conservés avec leur empreinte numérique, ce qui permet de détecter quand un éditeur change son texte sans prévenir.

    Le périmètre retenu est celui qui concerne une entreprise : les assistants qu'un salarié peut ouvrir dans son navigateur, gratuitement, sans rien demander à personne. ChatGPT, Claude, Gemini, Copilot, Meta AI, Grok, Vibe, Perplexity, GitHub Copilot, DeepSeek, Qwen, Z.ai, Kimi, Doubao, Reka.

    Le chiffre qui compte n'est pas celui qu'on croit

    On attend un classement. Il n'y en a pas, et c'est justement le constat : sur l'offre gratuite, les éditeurs se comportent tous de la même façon.

    Ce qui les sépare, c'est l'offre au-dessus.

    • Offre gratuite : 14 éditeurs sur 14 documentés entraînent par défaut.
    • Offre individuelle payante : 10 sur 12.
    • Offre équipe : 1 sur 7.
    • Offre entreprise : 0 sur 8.

    De cent pour cent à zéro. Le même modèle, la même interface, deux régimes juridiques opposés. Et rien, à l'écran, ne signale lequel s'applique.

    Pourquoi c'est un sujet de direction, pas d'informatique

    Une entreprise qui souscrit l'offre professionnelle d'un assistant protège les comptes rattachés à ce contrat. Elle ne protège pas le compte gratuit que le même salarié a ouvert à côté, avec son adresse personnelle, pour finir un dossier un dimanche soir.

    L'écart ne se voit nulle part. L'application est identique, les réponses sont identiques, et le contrat ne l'est pas.

    C'est pour cette raison que la question « quels outils utilisons-nous ? » ne se règle pas en consultant la liste des licences achetées. Elle se règle en demandant aux équipes.

    Un seul héberge en Europe

    Sur les quinze assistants relevés, un seul déclare héberger les données dans l'Union européenne par défaut, offre gratuite comprise : Vibe, de l'éditeur français Mistral AI.

    Les autres déclarent un stockage hors Union européenne, et un ne le documente pas du tout. Trois stockent en Chine, deux contractent depuis Singapour.

    Un transfert hors Union européenne n'est pas interdit : il demande un mécanisme : décision d'adéquation, clauses contractuelles types, ou une dérogation. Le problème relevé n'est pas le transfert, c'est le silence : quatre éditeurs n'en nomment aucun. Ils écrivent « des garanties appropriées », sans préciser lesquelles.

    Le droit de refuser existe, à des prix différents

    Treize des quinze assistants permettent de refuser l'entraînement. Deux ne le permettent pas : Z.ai, dont les conditions ne documentent aucun mécanisme, et Reka, dont la seule sortie documentée est de passer à l'offre payante.

    Entre les deux, la démarche n'a pas le même coût selon l'éditeur. Chez ChatGPT, Claude, Gemini ou Vibe, c'est un interrupteur dans les réglages. Chez Qwen, il faut écrire un courriel. Chez Kimi, ouvrir une demande au support et prouver son identité.

    Trois pièges méritent d'être connus :

    • Le refus n'est pas rétroactif. Chez Perplexity, couper le réglage ne vaut que pour la suite ; ce qui a déjà été collecté reste utilisé.
    • Les retours échappent au refus. Chez Qwen et Doubao, un pouce levé renvoie la conversation à l'entraînement, réglage coupé ou non.
    • Accepter allonge la conservation. Chez Anthropic, accepter l'entraînement fait passer la durée de rétention de trente jours à cinq ans.

    Le cas Microsoft, que nous n'avons pas tranché

    Un seul éditeur présente deux textes qui ne disent pas la même chose. La déclaration de confidentialité de Microsoft range Copilot parmi les sources de données utilisées pour l'entraînement de l'IA. Sa documentation produit affirme que les saisies de l'application Copilot ne servent pas à entraîner les modèles de fondation.

    Les deux peuvent coexister, car les données d'usage et les contenus saisis ne sont pas la même chose, mais aucun des deux documents ne le dit. Nous citons les deux et nous ne tranchons pas. C'est pourquoi le chiffre de cette étude est « quatorze sur quinze » et non « quinze sur quinze ».

    Ce que ça change pour une PME

    Rien, si personne n'utilise d'IA. Mais ce n'est jamais le cas : les outils arrivent par les équipes, un compte gratuit à la fois, souvent avant toute décision de la direction.

    Trois gestes suffisent à reprendre la main :

    • Savoir ce qui est réellement utilisé, et sous quel compte. Pas ce qui est acheté : ce qui est ouvert.
    • Décider, outil par outil : autorisé, encadré, refusé. Et l'écrire.
    • Le dire aux équipes, puis le revoir : ces conditions changent sans préavis, parfois sans numéro de version.

    L'étude complète, avec une fiche par assistant, les clauses citées dans leur texte d'origine et leur date de consultation, sera publiée sur ce site dans les prochains jours. Chaque chiffre y est reproductible : si une phrase a changé depuis le relevé, c'est que le contrat a bougé, et c'est exactement ce qu'il faut surveiller.

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